Bon ok, ce titre est sûrement un peu exagéré, mais il dénote bien mon agacement et mon incompréhension par rapport à tout ça.

Bref, remettons les choses dans leur contexte. Le week-end dernier (du 23 au 25 janvier) se déroulait l’édition 2015 de la Global Game Jam. Maintenant assez habitués au concept de jam, et ayant eu une expérience somme toute assez plaisante avec l’édition 2014, on s’est cette année encore inscrit à l’événement.

Bien sûr, les places pour l’événement à l’ISART étant parties trop vite, on a dû se replier sur un des événements parisiens «secondaires». Malheureusement, on aurait dû y regarder à deux fois avant de faire notre choix.

Avant toute chose, précisons un point important : je n’ai rien à redire sur l’organisation. Le staff était sympa, peut-être que quelques matelas en plus n’auraient pas été de trop, mais c’est bien le seul reproche que je pourrais leur faire.

Nous voilà donc vendredi 23 janvier au soir. Arrivés à l’ICAN/ESGI (Paris XII), on passe donner nos noms, récupérer nos t-shirts et faire les habituelles photos. La salle où seront retransmises les keynotes est déjà pas mal bondée ; tant bien que mal je trouve une place et me met à travailler un peu sur Hobodissey pour passer le temps (osef ? Bon, ok).

Pré-keynotes, le directeur de l’école nous accueille rapidement et pose une première question fatidique à l’assemblée : combien de personnes ne sont pas étudiantes de l’école.

Je regarde rapidement autour de moi, quelques mains se lèvent péniblement dans cette salle de conférence bondée ; dix, peut-être quinze au maximum. Sur le moment, je ne peux pas vraiment m’empêcher de me sentir un peu seul et un soupçon de doute germe dans mon esprit quant au déroulement de la jam. «Enfin bon, on verra bien», me dis-je.

Les keynotes démarrent, le frisson de la Global Game Jam revient et ce sentiment étrange s’estompe.

Le thème tombe : «What do we do now?». À première vue c’est assez ouvert, l’imagination d’autant d’esprits créatifs devrait bourgeonner et on devrait voir des trucs intéressants en fin de week-end. On devrait.

Sans vraiment d’idée hors du commun et déjà fatigués par une semaine de travail, on a plus dans l’idée de se greffer à une équipe que d’en monter une de toutes pièces.

Après une quarantaine de minutes de réflexion intense, toutes les idées sont pitchées dans la salle ayant accueilli les keynotes plus tôt. Parmi toutes les présentations, une ou deux retiennent notre attention et nous donnent envie de nous mettre au travail. En plus de ça beaucoup d’équipes ont été formées à l’avance, ça limite forcément le nombre de partenaires potentiels.

Deux game designers, deux programmeurs, un 2D artist, on trouvera bien quelqu’un au cours du week-end pour nous pondre un peu d’audio : l’équipe est faite et notre jam peut réellement commencer. Les emmerdes aussi ?

On fait un premier gros brainstorming tous ensembles, histoire de coucher les grandes lignes du jeu sur papier et après un moment tout ce petit monde peut se mettre au travail dans son domaine. Pour moi c’est le code, on sera deux dessus, donc il faut se mettre rapidement en accord sur la techno qu’on utilise. Je n’ai pas envie de passer du temps à faire comprendre «pourquoi j’aime pas» ou «pourquoi je suis contre» ci ou ça. J’abdique rapidement et on part sur Unity qui sera le plus simple pour mon collègue.

Une ellipse temporelle plus tard, il est trois ou quatre heures du matin et il ne reste apparemment plus que deux ou trois jammers debout dans l’école. Pas mal de monde s’est couché super tôt et (spoiler alert) se lèvera assez tard.

Moi, tant que l’adrénaline est là, je bourre le code tant que possible et le premier prototype est plus ou moins plié quand je rentre pioncer un peu ; il est 8h du matin, samedi 24 janvier.

Trois heures plus tard : réveil, café, douche, café et retour vers la jam. J’en ai pour un petit quart d’heure à aller de chez moi au lieu de la jam. Je profite inconsciemment du trajet pour imaginer où le jeu pourrait en être et à quel point tout ça a avancé en mon absence. En fait rien n’aurait pu me préparer à ce qui avait avancé en mon absence. Nope, rien n’aurait pu me préparer à… rien.

À partir de là, tout s’accélère. Le game design dévie et un aspect devient de plus en plus important dans notre jeu : les PNJs. Je décide donc de lancer mon collègue au travail sur cet unique point pendant que j’implémente le reste des fonctionnalités du jeu.

Autour de nous la salle est bruyante, la seule occupation valable semble être de crafter des jeux de flingues.

Cette étrange sensation de ne pas être à sa place refait surface, s’accentue tout au long de la journée. La nuit arrive, toujours pas de PNJs, le game design dévie de plus en plus, on va aller dormir mais une question s’impose : «est-ce qu’on revient demain ?».

Dimanche 25 janvier, retour à la jam de bon matin. Déjà gavé par la journée d’hier et par celle qui s’annonce, je ne me fais plus aucune illusion sur l’issue du week-end.

Bien sûr, en arrivant rien de nouveau (et surtout pas nos PNJs) n’a été implémenté. Rendons-nous à l’évidence : regarder twitch.tv ou jouer à Heartstone ne fait apparemment pas avancer le travail.

Fatigué, déprimé et sans l’envie de coder ce projet pour me tenir debout, je me mets à divaguer. Les autres groupes autour de moi m’énervent de plus en plus, ce petit côté «sale gosse» et irrespectueux de tout qu’ont la plupart des gens autour de moi m’angoisse.

D’un coup, une pensée envahit mon esprit. Suis-je réellement au milieu des gens composant l’industrie vidéoludique de demain ? L’idée me fait peur, pas mal de gens me rassurent en affirmant que non. L’avenir nous le dira.

En tout cas il est 13h et le mieux qu’on ait à faire c’est de partir et d’aller manger un Bò Bún pour se consoler.

La seule conclusion que j’arrive à tirer de ce week-end est que les écoles voulant accueillir et organiser des jams ne devraient pas offrir à leurs élèves des crédits pour leur simple présence. Parce que oui, messieurs-dames organisateurs, cela amènera toujours des je-m’en-foutistes en manque de points faciles pour valider leur année.

Enfin bref, je vais sûrement faire une pause pour ce qui est des game jams.